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#Comptabilité #Article - 07-04-2021

Tribune - L’entrepreneuriat est loin d’être « une affaire d’homme » par Céline Bayle et Gaspard Lefèvre

Tribune - L’entrepreneuriat est loin d’être « une affaire d’homme » par Céline Bayle et Gaspard Lefèvre

Dans l’inconscient collectif français, l’entrepreneur est jeune, dynamique, parfois jeune diplômé d’école de commerce ou ex-salarié ambitieux, mais surtout c’est un homme. Si ce profil-type est partagé, c’est que la représentation médiatique de ces entrepreneurs est majoritairement incarnée par des hommes.

Pourtant, si les derniers chiffres* du baromètre sur les conditions d’accès au financement des femmes dirigeantes de startup montrent que la dynamique de créations d’entreprises par les femmes est en hausse avec 21% d’équipes féminines ou mixtes à leur tête (dont 4% d’équipes exclusivement féminines), la scène entrepreneuriale reste encore largement dominée par les hommes. Est-ce le signe que les femmes ne se lancent pas ou peu dans cette aventure ?

Oser se lancer est le premier pas vers le succès

L’entrepreneuriat commence par une idée, parfois une conviction, une volonté de « faire mieux ». Si cette volonté peut répondre à des aspirations personnelles, elle peut aussi (et en même temps) répondre à des besoins collectifs et communs. Pourtant en 2021, la scène entrepreneuriale compte encore trop peu de femmes. Souvent, la dépréciation de leurs capacités est en cause et se traduit de l’intérieur (par le sentiment d’imposture), mais aussi de l’extérieur par des remarques, des comportements. En effet, ces femmes ne font pas le choix d’une auto-censure ; cette dernière forme plutôt le résultat d’une éducation et des clichés qui peuvent se répercuter concrètement sur le début des démarches d’entreprise. En effet, selon Mandy Schreuder**, lorsqu’elles envisagent un poste à responsabilité, les femmes attendent d’avoir environ 80% des compétences requises contre 20% pour les hommes. Ce frein terrible peut réprimer les envies de se lancer : des remarques décourageantes au rappel incessant à la question de la gestion vie professionnelle / privée (la maternité par exemple), autant de biais qui ne favorisent pas les entrepreneurs femmes.

Il faudrait alors faire fi de ces obstacles, mais comment ? En n’hésitant pas à construire et faire jouer son réseau, bâtir des ponts là où parfois il n’y en a pas encore et dépasser ses hésitations. La bonne nouvelle, c’est que de plus en plus d’initiatives existent dans ce domaine, notamment le mentorat qui permet aux femmes entrepreneurs d’être à la fois accompagnées et challengées. Là encore, il faut dépasser la peur de déranger, mais aussi sa propre éducation genrée en se demandant pourquoi avant d’affirmer qu’une chose est impossible. Face à ce type de barrières, l’accompagnement pas à pas de la posture des femmes vis-à-vis de leurs peurs et objections est clé pour révéler le potentiel dont elles doutaient. De plus, l’effet de solidarité peut être très fort pour créer un (premier) réseau. 

En faisant émerger des modèles féminins forts et charismatiques, il s’agit de montrer au public les possibilités qui s’ouvrent aux femmes. À travers cette représentation, il est question de montrer qu’elles ont leur place au même titre que tout autre entrepreneur à succès qui a de bonnes idées, et ce dans n’importe quel secteur. L’égalité n’est pas qu’une question de justice, elle représente aussi une formidable opportunité de croissance et d’innovation pour les entreprises dans tous les secteurs. L’absence de femmes à des postes de direction et de management limite la vision des entreprises et leur marge de développement. En effet, le leadership féminin est un formidable atout pour la création et la gestion des entreprises. Toujours selon le dernier baromètre, un indicateur clé démontrant le bénéfice apporté par la diversité des équipes de direction révèle qu’en moyenne les entreprises fondées ou cofondées par des femmes sont 2,5 fois plus rentables que celles créées uniquement par des hommes.

Il ne faut néanmoins pas se méprendre : si les femmes sont performantes, il n’est pas question de complémentarité des genres mais bien de complémentarité des visions. Diversifier les profils, c’est fuir le consensus mou et les décisions timorées. En confrontant les différents raisonnements et idées, un point de vue nouveau et enrichi peut émerger et changer radicalement les choses.

L’IT, un terrain de jeu illimité pour tous

Le secteur des technologies figure parmi les secteurs les plus touchés par l’absence de parité. En effet, 27,4% des salariés de ce secteur sont des femmes, et ce chiffre tombe à 16% lorsque l’on s’intéresse au pourcentage de femmes dans les métiers dits « techniques »***. En 2020, 8 postes sur 10 sur le marché du travail étaient liés au numérique. En outre, les opportunités autour de technologies émergentes (Intelligence artificielle, IoT, blockchain, etc.) sont nombreuses.

Cependant, s’il y a une hausse constante du nombre d’entreprises à l’initiative d’équipes féminines ou mixtes, la marge de progression reste importante. En effet, selon Sista et le Boston Consulting Group, 90% des fonds levés par de nouvelles entreprises le sont par des entreprises fondées et dirigées uniquement par des hommes. Leur présence majoritaire peut expliquer en partie le phénomène, toutefois, ces fonds sont en moyenne 2,3 fois plus élevés que ceux obtenus par les autres entreprises.

Ces trente dernières années, les métiers du numérique ont évolué plus vite que nos méthodes de recrutement. Face à la nécessité de s’adapter rapidement à ce monde en perpétuel changement et d’utiliser les outils correspondant aux nouvelles pratiques, il faut compter sur l’émergence de nouveaux talents capables d’innover pour apporter leur contribution à l’évolution de la société. Le talent est parfois surprenant. Nourri par sa singularité, il trouve son sens dans le collectif lorsqu’il est confronté à la diversité. Cette singularité des talents va au-delà de l’individu essentialisé (par exemple, à son genre). Cette pédagogie de l’inclusion passe par les encouragements des femmes des générations antérieures à se lancer et à innover sur la scène entrepreneuriale. Mais il s’agit aussi d’un travail de fond qui repose sur l’engagement des instances étatiques pour l’inclusion et la sensibilisation des plus jeunes. Il faut casser les préjugés, éduquer la société et lever les barrières à l’entrée des filières techniques, qui sont encore bien trop souvent considérées comme « masculines » et au contraire accompagner les talents quels qu’ils soient dans la voie qu’ils désirent. 

Pour conclure, l’entrepreneuriat des femmes ne doit pas être posé comme un challenge ni comme le résultat d’un compromis, mais comme une évidence ainsi qu’une véritable source de richesse commune. Cet investissement pour rééquilibrer la représentation des genres permettra, à terme, une déconstruction progressive de ces discriminations dans notre société et chaque membre de cette dernière en bénéficiera.

Par Céline Bayle, Directrice Marketing Produit chez Sage et membre du comité Innovation du Syntec et Gaspard Lefèvre, Responsable des programmes chez La Ruche

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